Milli mála - 01.01.2013, Page 274
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Cet apport technique correspond au développement d’un ensem-
ble de cordages (estuïn, escote, uitage, gurdinge, bagordinge, holgurdine,
ris) et d’apparaux (hel, windas, betas) plus complexes, afin d’adapter
les manœuvres de la voile aux besoins de la navigation hauturière
(Ridel 2009a : 87–88 ; 2010 : 43–44).
5. Conclusion
Les extraits d’œuvres médiévales que nous avons présentés et analy-
sés constituent les plus anciens textes écrits en langue d’oïl à offrir
des caractères techniques propres au monde des marins. L’emploi
d’un vocabulaire nautique et sa mise en situation concrète procurent
à ces textes une valeur archéologique indéniable. Leurs auteurs
n’ont pas écrit des scènes fantaisistes en utilisant des termes techni-
ques à des fins ornementales. Ils comprenaient ce qu’ils décrivaient,
ils connaissaient la mer et devaient fréquenter des marins, voire être
issus de familles de marins (on songe surtout à Wace et Guillaume
de Berneville), pour si bien connaître la navigation et les manœu-
vres à bord d’un navire.
Outre cet apport à l’archéologie nautique, ces textes nous livrent
aussi, pour la première fois au cours de l’histoire de l’ancien français,
un vocabulaire du gréement. C’est dire l’écart chronologique consi-
dérable qu’il existe depuis les premières attestations d’une langue
de marin dans les textes de latin classique et les nôtres. Surtout, ces
textes du xiie siècle rédigés en langue vernaculaire permettent de
voir comment s’est constituée progressivement une langue de ma-
rins au fil des siècles, des hommes et des techniques. Les mots sont
porteurs d’histoire… En effectuant des analyses étymologiques fi-
nes, il est possible de reconstituer à travers les termes de marine des
pans obscurs de l’histoire de la navigation. Les éléments qui compo-
sent un gréement sont pour beaucoup de nature putrescible. Or, à
défaut de vestiges archéologiques, il nous reste les mots. Et au-delà
des mots, ce sont les gestes des anciens marins que nous retrou-
vons.
DES TEXTES DE MARINE EN DIALECTE NORMAND DU XII e SIèCLE